17.07.2006

Dans les sables mouvants de Gaza

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L'armée israélienne est de retour à Gaza. Il y a tout juste un an, elle en partait en évacuant les colons israéliens sous les caméras du monde entier. Rappelez vous l'événement était ''historique'' pour le Moyen-orient et il y avait une ''fenêtre d'opportunité'' pour relancer, ressusciter plutôt, le processus de paix israélo-palestinien.
Aujourd'hui, la situation n'inspire que l'effroi : les soldats israéliens de nouveau à Gaza, les bombardements ( de Gaza par l'armée israélienne et de villes israéliennes frontalières de Gaza par des groupes palestiniens), le soldat israélien enlevé et la moitié du gouvernement palestinien dans les geôles israéliennes.
Comment en est on arrivé là ? Quels sont les enjeux ? Il y a t il une sortie de crise possible ?

Flash back

Yasser Arafat meurt en novembre 2004. Présenté par Israël comme un obstacle à la paix, le vieux chef palestinien disparaît de la scène et laisse la place à Abou Mazen, connu pour sa volonté de négocier avec les Israéliens. A l'époque, Ariel Sharon, qui était dans une meilleure forme qu'aujourd'hui, avait déjà lancé l'idée d'un retrait unilatéral de Gaza. Le retrait sans négociation était motivé par l'impossibilité selon Israël de faire confiance à Arafat. Pourtant, Arafat mort et Mazen en place, le discours israélien va rester le même : il n'y a pas de partenaire coté palestinien. De janvier 2005 ( élection de Mazen comme président palestinien) à Janvier 2006 ( victoire du Hamas aux élections législatives palestiniennes) il n'y aura quasiment aucun contact entre les décideurs palestiniens et israéliens, sauf deux rencontres Sharon-Mazen qui ne sont qu'une façon pour Israël de limiter les pressions américaines.
Ce refus de discuter avec Abu Mazen, souvent décrit coté israélien comme un homme de bonne volonté mais '' sans p

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ouvoir'', a pour conséquence immédiate le renforcement du Hamas, qui peut répéter que la seule façon de traiter avec Israël est la force. La preuve : ils quittent Gaza car les pertes étaient trop lourdes. Le Hamas, fort de son discours anti-corruption et de ses oeuvres sociales a le vent en poupe. Coté israélien on ne prête guère attention de la situation interne aux palestiniens, tout occupé que le petit monde politique est à se battre entre pro-retrait et anti-retrait. Comme souvent, on peut avoir l'impression que les Israéliens négocient plus avec eux mêmes ou avec les émissaires américains qu'avec les Palestiniens.
En janvier 2006; le Hamas gagne les élections palestiniennes. Pour Israël, la stratégie est toute trouvée : il n'y aura aucune négociation avec un groupe qui a mené des dizaines d'attaques terroristes contre des civils israéliens et qui refuse de reconnaître Israël. Le fait est que le Hamas est loin d'être un bloc monolithique. Nombreux sont ceux qui, dans sa branche politique ( les députés) ont compris que l'action armée et la rhétorique guerrière étaient des impasses et que la majorité du peuple palestinien n'aspire qu'à une chose : vivre tranquillement dans un Etat palestinien aux cotés d'Israël.
Depuis janvier, la branche politique du Hamas multiplie les déclarations pour des négociations, pour une trêve de longue durée ( une hudna) et négocie une tentative d'accord politique avec le Fatah, le parti de feu Arafat et de Mazen, afin d'éviter une guerre civile palestinienne. Coté israélien, une nouvelle fois, on ne pense qu'à une chose : se séparer des palestiniens mais sans parler avec eux. D'où le second plan de retrait unilatéral, cette fois ci pour la Cisjordanie.

Qui a enlevé le soldat, et pourquoi ?

Il y a deux semaines des membres de la branche armée du Hamas attaquent une base de l'armée israélienne à quelques centaines de mètres d'Israël, tuent deux soldats et en enlèvent un troisième. Cette action et le cafouillage qui se poursuit sur les revendications des preneurs d'otages confirment une chose, il n'y a pas un mais des Hamas, disons au moins trois : la branche politique à Gaza et en Cisjordanie, ce sont les plus pragmatiques, depuis qu'ils sont au pouvoir depuis janvier ils ont multiplié les déclarations en faveur de négociations et certains se disent prêts à reconnaître Israël, leur dirigeant, le premier ministre Ismael Hanyeh a répété sa condamnation de l'enlèvement ; nous avons ensuite la branche militaire qui est elle même scindée en deux : la branche militaire à Gaza ( ceux qui ont certainement enlevé le soldat et qui tire des rockets sur des villes israéliennes) et la branche militaire à Damas, en Syrie, qui a l'habitude de faire de la surenchère verbale sans être certaine d'en contrôler les conséquences, pour preuve l'incapacité à formuler une demande claire en échange de la libération du soldat : on a parlé de la libération des femmes et mineurs palestiniens, puis de 1000 prisonniers politiques, puis non,etc.

La réaction d'Israël

En Israël, tout dirigeant politique a une hantise : passer pour un ''mou'', un homme qui mettrait en danger la sécurité du pays en ne gonflant pas assez les muscles. D'où la meurtrière démonstration de force de ces derniers jours. Ehud Olmert, le Premier Ministre, est un civil, contrairement à Sharon qui avait son aura d'ancien général, il est obsédé par cette lacune dans sa carrière. Donc il se dit : je dois prouver au public israélien que je suis un dur. En ce sens il ne fait que satisfaire l'armée israélienne qui veut laver l'affront qu'est pour elle l'enlèvement du soldat. D'où le discours officiel du '' nous ne discuterons jamais avec les terroristes, ou ils libèrent le soldat où nous irons le chercher par tous les moyens''. Discours de façade car Israël est bien content que l'Égypte négocie avec les ravisseurs, un soldat qui rentre en vie reste toujours bien mieux qu'un cercueil.
Il faut aussi avoir conscience que les tirs de rockets, même si ils ne font que des blessés légers coté israéliens, poussent l'opinion public israélienne à accepter la manière forte. Une nouvelle fois la violence des uns et des autres s'auto-alimentent fort bien.
Israël profite de la crise pour tenter de décapiter le Hamas. C'est une stratégie qui semble échapper à la raison. Le Hamas ne va pas disparaître et si des élections avaient lieu aujourd'hui on peut parier que le Hamas gagnerait.

Ehud Olmert va t il avoir le courage de dire ce que Rabin a dit concernant Arafat en 1993, c'est à dire que l'on ne fait la paix qu'avec ses ennemis ?

Il y a quelques jours, une petite voix s'est faite entendre pour des négociations directs avec les Palestiniens, dont les groupes armées. L'homme qui a dit ça n'est pas tout à fait étranger à la situation : il est le père du militaire israélien enlevé.

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