21.07.2006
Étonnante normalité d'un pays en guerre
« Alors, est ce que tu as peur ? Est ce qu'il y a de la tension dans l'air ? Que disent les gens ? » Voilà quelques unes des questions que l'on me pose depuis la France.
Ma réponse est à l'image de ce que je ressens ici, contrastée.
Être en Israël en ces temps de violents combats à Gaza comme au Liban est une expérience très troublante.
Tout est normal à première vue. A la fac, dans les supermarchés, sur la plage de Tel-Aviv, dans les restaurants, les bars et les cafés, la vie quotidienne semble se poursuivre paisiblement. Il y a certes plus de contrôles de sécurité, des fouilles des sacs à l'entrée des grands magasins, mais rien d'extraordinaire.
Ce matin, j'étais dans un kibboutz à quelques kilomètres de la mer morte. En prenant mon petit déjeuner dans le dining room j'observais les autres personnes présentes qui formaient une photographie du monde israélien : des jeunes femmes bronzées très peu habillées, des familles, quelques vieux monsieurs religieux portant la kippa, des arabes israéliens dont quelques femmes voilées , des habitants du kibboutz en short et en tee shirt de travail, de bruyants touristes américains, et enfin quelques travailleurs étrangers, tout droit venus du sud-est asiatique, qui faisaient la plonge. Je n'arrivais pas à me dire que c'était la guerre dans ce pays, et pourtant si, la télévision me le dit tout le temps : images de bombardements, décomptes macabres, chars, rappel de réservistes et familles endeuillées.
Pas de doute, c'est la guerre, mais pour moi uniquement à travers le petit écran. Alors que la bande de Gaza est à moins de deux heures en voiture de là où je vis.
Je ne peux m'empêcher de repenser à ce que me disait Souheil, mon ami libanais : «Les années de la guerre civile au Liban ont aussi été les plus belles années de mon enfance et de mon adolescence, j'ai surtout vécu dans des zones éloignées des combats ».
Dans cette normalité israélienne, il y a parfois des piqûres de rappel. Il y a quelques jour, sont passés au large de la plage de Tel Aviv, des hélicoptères de combat de l'armée israélienne, ils volaient du sud vers le nord ( revenaient ils de Gaza ou allaient ils vers le Liban ? Peut etre simplement un exercice ou une patrouille de routine). Incroyable situation, sur la plage c'est la détente : bronzette, volley ball, drague, glace et château de sable. Là haut dans le ciel, des engins de mort, qui ont bombardé ou vont bombarder. La question ici n'est même pas de savoir qui ni pourquoi. Mais ce contraste est encore plus saisissant si on se met à la place du pilote. Imaginons, il va bombarder un objectif à Gaza. Sur la route il voit la plage de Tel Aviv et se dit qu'il préférerait y etre et boire de la Corona sur le sable chaud. Il effectue son bombardement, rentre à sa base, prend sa voiture et va à Tel-Aviv. Il est ensuite à la plage. La boucle est bouclée.
Évidemment, un Palestinien de Cisjordanie ne vous dirait pas ça. Même sans violence directe la guerre est toujours présente pour lui, sous d'autres formes : un barrage militaire où il faut parfois attendre des heures pour aller à son travail dans une autre ville palestinienne, un couvre feu, une colonie qui s'étend sur la colline d'en face, un mur qui annexe des terres agricoles ....
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Trackbacks
A Gaza
en Irak, en Afghanistan, au Soudan, au Népal... j'ai même pas envie de savoir ce qui se passe exactement. Je sais déjà. En gros. Je regarde ton cul s'étendre au bord des draps en pensant à Marcos avec sa 4ème guerre mondiale qui nous déchire l'aveni...
Trackback par : L'art de la chute chez la chatte en rut | 27.07.2006
Commentaires
Merci pour ces témoignages direct from ce là-bas qui est ton ici. Je reçois de nombreux appels à l'aide désespérés de mes amis Libanais qui ne peuvent ni ne veulent quitter leur pays. Ils n'ont rien à voir avec cette nouvelle guerre qu'on leur impose (comme beaucoup, ils n'ont jamais eu affaire au Hezbollah). Pourtant, ils en subissent les conséquences au quotidien. L'association avec laquelle j'avais collaboré (qui travaille dans un quartier difficile de Beyrouth), ainsi qu'une autre qui s'occupe de personnes handicapées, se retrouvent dans une situation très préoccupante (la pénurie d'eau est proche, accélérée par l'isolement). Ce sont toujours les plus faibles qui patissent en premier des situations de crises... Cette guerre qui ne dit pas son nom est proprement odieuse. Cette fois-ci, Israël devra répondre à l'international de cette attaque du fragile Liban. Ps: Souheil ne semble en effet pas avoir vécu la même guerre que les nombreux Libanais rencontrés...
Ecrit par : NP | 21.07.2006
How am I meant to keep up to date with your Middle Eastern adventures if you don't write in a proper language like english?
fuck
love
james
Ecrit par : James | 22.07.2006
Cher Nico,
Tu as raison. Je suis bien conscient que de très nombreux Libanais se retrouvent dans une situation intenable, pris en otage entre l'enclume Israël et le marteau Hezbollah.
Israël s'est lancé dans cette guerre de représailles alors que la solution la plus sage aurait été de faire appel à l'ONU. On peut se demander, en regardant les destructions au Liban, si le risque n'est pas de mettre à genoux un gouvernement libanais qui demande, avec l'aide de la communauté internationale, de retrouver pleinement sa souveraineté au sud du pays.
Ecrit par : Samuel | 22.07.2006
Nico est un peu une bonne conscience angélique. D'abord je pense qui voulair écrire "à faire" et non "affaire" à moins que... Il est dans l'humanitaire et c'est bien mais maintenant qu'il prenne un peu de recul. Qu'est ce qu'un Etat dont la force armée la plus importante est une milice financée et équipée par 2 voisins trés belliqueux que sont la Syrie et l'Iran. Les Libanais sont des "otages" car ils ont fermé les yeux sur "l'iranisation" après la "syrisation" dont leur pays a fait l'objet. En un mot le Liban n'est un Etat de papier, le seul Etat réel de ce pays c'est le bras armé de l'Iran : Hezbollah. Cet esprit bien pensant face aux douleurs réelles du Liban me fait penser aux pacifistes qui ont tant applaudi aux accords de Munich ! La problématique est assez simple : l'Iran teste la capacité des "juifs et des coisés" à répondre à des actes de guerre. Si cette réponse est faible l'Iran se sentira les coudées franches pour continuer sa nucléarisation et son aide à la guerre civile en Irak avant d'aller plus loin. Effectivement un jour Israël aura à répondre de son courage face à l'inertie calamiteuse de l'ONU, de l'Europe et des USA.
Cette guerre qui ne dit pas son nom est une guerre contre l'Iran !
Ecrit par : Cyclopède | 23.07.2006
Comme souvent Sam, tu vois juste et je te félicite pour ta sagacité et ta pondération. Continue à nous faire partager tes impressions sur le sujet! C'est vraiment stimulant et j'attends la suite.
Ecrit par : Nico | 23.07.2006
I am wondering if there as been any reaction or political movements inside Israel against what is happening in the north; In the States we were aware (especially in Berkeley) that there was a sizable amount of people against the actions of the US in the Middle East... I could appreciate that any Lebonese in the country would be, let's say, "anxious" about what is happening, but what about from the Israelis themselves?
Ecrit par : James | 24.07.2006
Cyclopede toi aussi tu pourrais prendre un peu de recul et te demander aujourd hui quel est le bilan de cet activisme au Moyen Orient ?
Les pacifistes de Munich, voila un bel argument. Mais depuis ?
L Afghanistan, l Irak, Israel, la Palestine et le Liban sont en guerre et la situation n a pas l air de s ameliorer.
Il est facile d accuser l Iran de tous les maux, mais il n y avait pas de guerre civile avant l intervention americano-britannique.
Le vrai probleme du Moyent Orient a l heure actuelle, c est l amateurisme et le manque de moyens utilises par rapport a la realite du terrain, notamment des Americains et ensuite de la soit disant communaute internationale. La preuve on parle de crise pour Israel et le Liban, or c est une guerre.
On parle du risque de l Irak de tomber dans la guerre civile, mais c est la guerre civile et ce pays n existe plus. Nous ne sommes pas a l aube de quoique ce soit, nous sommes en plein dedans.
Quant au Liban je me demande si c Israel qui paiera la reconstruction des infrastructures au Liban ? Et les enterrements ? Et l aide humanitaire ?
Ecrit par : Thibaud | 24.07.2006
Le principal enseignement de l intervention en Irak pour l Iran, est que sans la bombe atomique, il n y a pas de securite possible.
Concernant ce que l Iran attend de la reaction face au Hezbollah, ce n est peut etre pas tant que les "croises" bombent le torse, avec l intervention et les bombardements de l ancien projet nucleaire de l Irak, ils savent ce qui peut les attendre. En realite il s agit surtout de gagner du temps en detournant l attention du programme nucleaire, et pour l instant ca marche.
Ecrit par : Thibaud | 24.07.2006
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