08.08.2006

Le Caire

Après quelques heures de bus pour traverser la péninsule du Sinai, je découvre le Caire mercredi denier. La mégalopole égyptienne est époustouflante et déroutante : elle est immense, surpeuplée ( près de 18 millions d'habitants!), sale et polluée, étouffante mais magique : les trésors de l'architecture islamique cohabitent avec les quartiers de l'époque coloniale et les églises coptes, les pyramides sont à deux pas.
Il y a aussi, dans le vieux Caire, ces cafés dont l'ambiance semble être hors du temps.

La circulation est effrayante, des taxis kitshissimes dont l'intérieur est en fourrure agrémentée de néons doublent des bus bondés et des calèches. Il fait une chaleur moite et chaque déplacement en journée est épuisant.

La police et partout : hommes armées en uniformes, dont tout le monde dit que pour un flic visible il y en a au minimum un autre en civil. Le pouvoir est sur les dents.
Le régime du Président Hosni Moubarak ( au pouvoir depuis 1981) est de plus en plus impopulaire : pauvreté, chômage, corruption et autoritarisme font le lit de l'opposition, de gauche mais surtout islamiste, celle des Frères Musulmans.
Je suis frappé de constaté qu'une écrasante majorité des femmes du Caire porte le voile.

Venir dans une capitale arabe en pleine guerre du Liban n'allait pas de soi.
Je suis venu ici avec Paul, qui parle l'arabe et qui a déjà vécu ici un an.
Tous les égyptiens nous parlent de la guerre. La colère, voire la haine, à l'égard de l'Occident et d'Israël est très forte. Seule la France continue d'être perçue comme proche du Monde Arabe.
Si quelques personnes critiquent le Hezbollah, il semble que ce dernier soit devenu le héros de tous les égyptiens. Même les milieux laïcs ou de gauche font du Hezbollah le symbole de la résistance arabe.

Même si l'Égypte a signé un traité de paix avec Israël il y a plus d'un quart de siècle, l'Etat hébreu n'est perçu que comme un ennemi sanguinaire coupable de tous les malheurs de la région. Les Égyptiens ne semblent connaître d'Israël que les images de guerre à la télé.
Mes conversations avec des égyptiens ont parfois pris des tournures difficiles.
Apprenant que je suis juif, Walid, me demande '' Pourquoi aimez vous tuer des enfants?'', il me faudra beaucoup de patience pour qu'il cesse de dire ''vous'' et comprendre que l'on peut être juif et/ou israélien sans décider ni approuver la politique militaire de l'Etat d'Israël.
Même si je comprends aisément sa colère à l'égard d'Israël, je suis accablé de l'entendre reprendre des arguments délirants. Il m'explique que la guerre est due aux fondements de la religion juive, dont les grandes directives seraient inscrites à la Knesset ( le parlement israélien), affirmant notamment que les juifs devraient conquérir tous les territoires allant du Nile à l'Euphrate. Je lui indique que ce fantasme est digne des Protocoles des sages de Sion, qu'il n'y a pas de telle inscription ni à la Knesset ni dans les textes sacrées du judaïsme, que démoniser l'autre n'est qu'une façon de refuser de voir la complexité de la situation, mais il ne semble pas convaincu.
Walid est l'exemple d'une certaine schizophrénie égyptienne : il dit boycotter les produits américains mais rêve de pouvoir y immigrer !!!

Je rentre peu optimiste du Caire. Ni pour l'Égypte, ni pour l'avenir des relations entre Égyptiens et Israéliens, dont les gouvernements n'ont rien fait pour tenter un rapprochement culturel.

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