07.10.2006

Bye

Voilà, l'été israélien ( avec des escapades égyptiennes et palestiniennes ) a pris fin pour moi. Je suis de retour dans la douce capitale des Alpes qu'est Grenoble.
Merci de m'avoir lu, j'espère que cela vous a plu.

Samuel

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22.09.2006

Hebron : Kafka plus l'apartheid

J'étais dimanche après midi à Hebron.
Hebron est une ville palestinienne du sud de la Cisjordanie. C'est, sans aucun doute, la ville où la tension politique et religieuse est la plus forte. Hebron connaît aujourd'hui un calme relatif mais a connu une histoire faite de massacres, de haines et de vengeance.
Hebron est une ville sainte pour le Judaïsme et pour l'Islam, car elle accueille le tombeau des patriarches : Abraham, Isaac et Jacob.

Hebron a toujours connu une présence juive au sein de la majorité d'habitants chrétiens et surtout musulmans.
Après des décennies de cohabitation plus ou moins paisible, l'année 1929 ( période ou la Palestine est un mandat de la Grande Bretagne) est marquée par le massacre à Hebron de près de soixante dix juifs et de nombreux viols par une foule haineuse. C'est un élément essentiel pour comprendre la situation d'aujourd'hui. Sur le massacre de 1929, plusieurs lectures sont possibles en fonction des témoignages et des récits : un pogrom prouvant que les arabes de Palestine refusait de reconnaître le droit des juifs à vivre à Hebron ( dans des habitations acquises légalement, et cela bien avant la naissance du sionisme); ou un acte perpétré par des personnes extérieures à la ville d'Hebron, à noter d'ailleurs que des dizaines de juifs ont été cachés et protégés du massacre par leurs voisins palestiniens.
Peu après la conquête par Israël de la Cisjordanie en 1967, plusieurs groupes religieux israéliens réclament le droit de recréer une présence juive à Hebron, qui compte alors plusieurs dizaines de milliers d'habitants palestiniens, surtout musulmans.

Par petites vagues, des colons israéliens juifs viennent s'installer à Hebron. Nombreux sont particulièrement nationalistes et ne cachent pas qu'ils espèrent pouvoir vider Hebron de sa présence musulmane. Avec la première Intifada, qui débute en 1987, la tension augmente à Hebron, qui abrite alors en son sein quelques dizaines de familles juives israéliennes.

En 1994, quelques mois après la signature des accords de paix d'Oslo entre Rabin et Arafat, Baruch Goldstein, colon d'Hebron, pénètre dans le caveau des patriarches et tire à l'arm automatique sur les fidèles musulmans. Il en tue 29 et en blesse plusieurs autres avant d'être lynché par la foule.
S'ensuivent de violentes manifestations palestiniennes, très durement réprimées par l'armée israélienne qui impose un couvre feu drastique sur Hebron et commence à mettre en place le dispositif de '' sécurité'' qui existe aujourd'hui et qui fait, selon moi, d'Hebron, une ville terrifiante ou la loi ne s'applique pas, ou une situation d'apartheid est institutionnalisée et où, surtout, le danger pour les Palestiniens ne vient pas de la présence de l'armée israélienne, mais des colons qui semblent croire qu'ils vengeront les victimes de 1929 en organisant un véritable nettoyage ethnique.

En 1997, Israël et l'Autorité palestinienne signent un accord sur Hebron : 80 % de la ville est contrôlée par la police palestinienne, la zone H1 et 20 % , là où vivent les colons restent sous mainmise israélienne, la zone H2. Dans ces 20 % habitent plusieurs milliers de palestiniens.
Le système mis en place est terrifiant : de nombreux rues sont interdites aux palestiniens, l'ancien marché ouvert d'Hebron a été entièrement fermé et la vie des palestiniens qui vivent à proximité des colons est un calvaire. Des colons attaquent des palestiniens, notamment en tirant des pierres, mènent des actions de sabotage ( coupant les lignes téléphoniques, brisant des vitres) et jettent leurs ordures dans les rues qu'empruntent les palestiniens. Depuis la seconde Intifada, Hebron a subit de nombreux couvre feux ( après l'assassinat de colons par des palestiniens) qui ont parfois duré plusieurs mois, durant lesquels les palestiniens ne pouvaient sortir de chez eux que quelques heures par jour pour faire leur courses, encore fallait il que l'armée ait eu l'obligeance de leur communiquer les horaires ...

De nombreuses échoppes palestiniennes, fermées depuis plusieurs années car les rues sont interdites d'accès, ont leur devanture recouverte d'étoile de David et d'inscription en hébreu comme '' mort aux arabes''.
Cette visite d'Hebron était organisée par Breaking the silence (www.shovrimshtika.org), une organisation qui regroupe d'anciens soldats ayant fait leur service à Hebron et qui estiment qu'ils se doivent de dire au public ce que l'Etat d'Israël fait endurer à des milliers de palestiniens pour protéger quelques fanatiques juifs qui se comportent comme des vandales.

Désagréable et surréaliste situation que d'être protégé par l'armée face aux colons, de comprendre que l'Etat d'Israël ferme les yeux et a institutionnalisé une situation honteuse ou les ratonnades des colons ne sont quasiment pas empêchées. Sentiment de malaise face à une situation intolérable, mais qui dure depuis des années et dont (presque) plus personne ne parle en Israël ...

16.09.2006

Interroger la résistance pacifique

Il y a quelques jours, je suis allé au cinéma, avec deux amies, voir le film sur l'intéressante expérience de Bili'in.
Bili'in est un village palestinien de Cisjordanie. Depuis quelques années, Israël construit et étend une colonie à quelques centaines de mètres du village. Depuis deux ans maintenant, Israël souhaite construire le mur sur les terres appartenant au village de Bili'in. Jusque la, rien de bien neuf sous le soleil, si je puis dire. On ne compte plus les villages dont les champs d'oliviers ont été détruits et expropriés pour agrandir une colonie israélienne ou faire passer le mur.
Bili'in se caractérise par la résistance, uniquement pacifique ( manifestation, enchaînement d'habitants aux oliviers,etc), des habitants palestiniens. Depuis deux ans, de nombreux pacifistes israéliens et des volontaires internationaux participent aux manifestations anti-mur à Bili'in.
Le film décrit cette lutte commune israélo palestinienne, les liens politiques mais aussi amicaux qui se sont créés entre israéliens et palestiniens.
L'armée israélienne ne fait pas dans la dentelle pour interdire et disperser les manifestations : tirs de balles caoutchoutées, gaz lacrymogène, matraquage,etc.
Plusieurs scènes du film montrent l'arbitraire total qui règne dans les territoires palestiniens : c'est l'armée israélienne qui décide et la discussion est certes possible, on est d'ailleurs surpris

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d'entendre des conversations badines entre manifestants et soldats, avec que ne commencent les échauffourées, mais souvent vaine.
Le fait d'avoir un passeport israélien n'assure que peu de protection.
Il y a deux ans, un israélien membre du groupe '' les anarchistes contre le mur'' a perdu un oeil après avoir reçu une balle caoutchoutée. Au début du mois d'août, un autre pacifiste israélien a reçu une balle dans la tête. L'attitude des soldats israéliens fut incroyable de mépris et de violence ce jour là, comme en parle très bien un article paru dans le supplément d'Haaretz que je vous invite à lire :

http://www.haaretz.com/hasen/spages/760139.html

Je vous encourage à voir ce film, j'espère qu'il existe avec des sous titres en anglais ou en français ( pour ma part je n'ai eu droit qu'a l'hébreu, j'étais épuisé après le film!).

Au delà du symbole appréciable et important d'une lutte pacifique où israéliens et palestiniens se retrouvent avec un objectif commun, la défense des terres du village et le refus de la colonisation israélienne, le film pose implicitement une question dont la réponse me terrifie.

Malgré l'aspect pacifique de la démarche, la réaction de l'armée est la violence et le résultat est nul : le mur continue sa progression et le village de Bili'in voit son territoire disparaître.
La résistance non violente est elle utile ?
N'est il pas plus '' efficace'' alors de tuer, de prendre les armes contre des soldats ou de poser une bombe dans un café israélien ?
Ceux qui me lisent connaissent évidemment mon aversion pour le terrorisme et la rage que provoque en moi le meurtre de civils pour défendre une quelconque cause politique. Il n'en reste pas moins que l'expérience de Bili'in risque de pousser des Palestiniens vers le terrorisme, constatant que la non violence n'est sanctionnée que par la répression.